PORTRAIT DU MOIS

Khalid Ferji, Professeur des Universités à l’EEIGM et à l’ENSIC, chercheur au Laboratoire Réactions et Génie des Procédés

Pouvez-vous retracer votre parcours de formation ?

Mon parcours universitaire a débuté à l’Université Mohammed V de Rabat (Maroc), où j’ai suivi ma formation initiale en chimie. J’ai ensuite rejoint, en 2007, le Master européen Advanced Materials Science and Engineering (AMASE), qui m’a conduit à étudier à la fois à l’École Européenne d’Ingénieurs en Génie des Matériaux (EEIGM), à Nancy, et à Luleå University of Technology (LTU), en Suède. Cette formation internationale en science des matériaux a constitué ma première expérience à Nancy et a progressivement orienté mon parcours vers les matériaux polymères.

À l’issue de ce master, j’ai poursuivi cette spécialisation en réalisant une thèse de doctorat en chimie des polymères à l’Université de Lorraine, au Laboratoire de Chimie Physique Macromoléculaire (LCPM) à Nancy. J’y ai développé mes premières activités de recherche autour de la chimie et de la physico-chimie des polymères synthétiques, ainsi que de la modification chimique des polymères naturels.

Après ma thèse, soutenue en 2013, j’ai souhaité élargir mon champ de compétences à travers deux expériences postdoctorales complémentaires. J’ai d’abord rejoint l’Institut des Molécules et Matériaux du Mans (IMMM), où je me suis intéressé à la physico-chimie des systèmes colloïdaux, notamment par diffusion de la lumière. J’ai ensuite poursuivi mon parcours au Laboratoire de Chimie des Polymères Organiques (LCPO) à Bordeaux, où mes recherches se sont orientées vers les nano-objets polymères et leurs applications dans le domaine biomédical.

Khalid Ferji au Laboratoire Réactions et Génie des Procédés (LRGP) devant un dispositif d’irradiation lumineuse utilisé pour des réactions de photopolymérisation sous lumière visible.

Quel a été votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai rejoint l’Université de Lorraine en 2016 en tant que Maître de conférences à l’École Nationale Supérieure des Industries Chimiques (ENSIC). J’y ai principalement enseigné la chimie des polymères et la chimie organique, tout en assumant plusieurs responsabilités pédagogiques et collectives. J’ai notamment été responsable du Master CHIPS ainsi que des projets de Recherche & Développement au sein de l’école.

En parallèle, j’ai exercé mes activités de recherche de 2016 à 2025 au Laboratoire de Chimie Physique Macromoléculaire (LCPM). J’y ai développé mes propres thématiques autour de la conception et de la formulation de nano-objets polymères, en privilégiant notamment des voies de synthèse plus durables, telles que l’utilisation de l’eau comme milieu de réaction et la lumière comme source d’énergie. Ces travaux se sont accompagnés de l’encadrement de plusieurs doctorants et étudiants de Master 2 ainsi que du développement de collaborations académiques et industrielles.

Au cours des dernières années, j’ai également développé un nouvel axe de recherche autour de l’intelligence artificielle (IA) et de la science des données appliquées aux polymères. Ces travaux visent notamment à développer de nouvelles représentations numériques capables de mieux décrire la complexité des matériaux polymères, à exploiter les données issues de leur synthèse et de leur caractérisation pour prédire leurs propriétés, mais également à utiliser l’IA comme outil d’aide à la découverte et à la conception de nouveaux matériaux. À terme, ces approches pourront également être couplées à l’automatisation des expériences, afin de créer des interactions plus étroites entre expérimentation, données et apprentissage automatique.

Depuis 2026, à la suite de la fusion du LCPM avec le Laboratoire Réactions et Génie des Procédés (LRGP), je poursuis ces activités dans un environnement particulièrement propice à l’innovation. La complémentarité des compétences en chimie, génie des procédés et génie des produits permet d’élargir notre approche, de la compréhension des matériaux à leur conception et à leur production à plus grande échelle. Elle ouvre notamment de nouvelles perspectives autour du design inverse des matériaux assisté par l’IA et de l’automatisation des expérimentations, créant ainsi un continuum entre recherche fondamentale, développement et procédés. Ma nomination en septembre 2026 comme Professeur des Universités, sur un poste partagé entre l’EEIGM et l’ENSIC, s’inscrit pleinement dans cette dynamique, à l’interface entre science des matériaux, chimie et génie des procédés.

Khalid Ferji travaillant sur ses travaux de recherche au LRGP (ici : reconstruction assistée par intelligence artificielle d’un diagramme de phases de nano-objets polymères, permettant de relier les conditions de synthèse aux différentes morphologies obtenues (sphères, vers et vésicules)).

Quelles sont vos missions à l’EEIGM ?

À l’EEIGM, j’interviens principalement en chimie organique, dont les concepts constituent un socle important pour la formation en science des matériaux. La compréhension de la structure moléculaire, de la réactivité et des interactions chimiques permet d’aborder non seulement les matériaux organiques et polymères, mais également la fonctionnalisation des surfaces et des matériaux métalliques, les interfaces ou encore la conception de matériaux hybrides organiques-inorganiques. Mon objectif est ainsi de transmettre aux étudiants des fondamentaux solides tout en les mettant progressivement en perspective avec la diversité des matériaux qu’ils étudieront et manipuleront au cours de leur formation d’ingénieur.

En parallèle de mes activités d’enseignement, je contribue désormais aux activités de la direction des partenariats industriels de l’EEIGM. Cette implication me permet de participer au renforcement des interactions entre la formation, les compétences développées par les étudiants et les problématiques rencontrées par les entreprises. Ces échanges avec le monde industriel sont également essentiels pour accompagner l’évolution de la formation et rester en phase avec les besoins et les métiers de demain.

C’est précisément dans cette perspective que je souhaite inscrire mon implication à plus long terme à l’EEIGM. Le métier d’ingénieur matériaux est en pleine transformation, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle, de la science des données et de l’automatisation, qui occupent une place croissante dans la découverte, la conception et la caractérisation des matériaux. Mon expérience de recherche dans ces domaines, menée au LRGP, pourra nourrir cette évolution et contribuer progressivement au développement d’enseignements à l’interface entre matériaux, expérimentation et outils numériques. L’enjeu est de préparer les futurs ingénieurs à ces nouveaux outils tout en maintenant une maîtrise solide des fondamentaux scientifiques qui restent indispensables à leur utilisation.

Khalid Ferji donnant cours de chimie organique II dispensé aux élèves ingénieurs de deuxième année de l’EEIGM le vendredi 4 septembre 2026.